Affaires Wildenstein : quand le Fisc devient un outil de pression

De génération en génération, l’histoire de la famille Wildenstein a été ponctuée par les problèmes de successions. Ce sont les femmes de la famille qui en ont fréquemment fait les frais. Jusqu’à aujourd’hui du moins…

Affaires Wildenstein : quand le Fisc devient un outil de pression

En 1851 nait Nathan Wildenstein. Le jeune alsacien fuit sa région natale suite à la guerre franco-allemande pour s’installer à Paris. Il ouvre une galerie d’art et se fait un nom auprès des familles cossues de la capitale. L’affaire florissante est reprise par son fils, Georges, qui s’emploie à faire déshériter sa sœur Elisabeth de la fortune amassée par son défunt père. Puis c’est au tour de son petit-fils, Daniel, de reprendre le commerce avec le même succès. C’est ainsi que fût fondée la célèbre dynastie de marchands d’art dont les héritiers figurent encore aujourd’hui parmi les plus prestigieux représentant de la profession. Les plus riches aussi, et ce n’est pas anodin. Car dans la famille Wildenstein, le succès colle à la peau autant que les querelles de succession.

« Bienvenue » chez les Wildenstein

Très vite après son arrivée aux affaires, Georges Wildenstein s’investit de la mission de protéger l’intégrité de fortune de son père. Il s’emploie à faire déshériter sa soeur, Élisabeth, ainsi que l’explique Marie-Pierre Gröndahl dans un article de Paris-Match. En vain puisqu’au bout de quatorze années de conflit, celle-ci parvient à obtenir la part de la fortune amassée par son défunt père et qu’il lui avait pourtant attribuée. Mais ce n’est pas en dispersant ses billes que l’on construit un empire… Et cet épisode n’est ainsi que le premier d’une longue série beaucoup moins heureuse pour les femmes de la famille.

A la mort de Georges, c’est au tour de sa sœur Miriam Pereire, la sœur de Daniel, de faire des pieds et des mains pour faire valoir ses droits de succession. « Un long contentieux au terme duquel Miriam Pereire, à bout de souffle, sera écartée des affaires familiales », commente Claude Dumont-Beghi dans son livre intitulé L’Affaire Wildenstein, histoire d’une spoliation. Si cette avocate parisienne s’exprime si ouvertement sur ce sujet, c’est parce qu’elle a elle-même été l’avocate de la seconde épouse de Daniel Wildenstein, Sylvia Roth. Après presque 10 ans de bataille judiciaire, cette dernière décède et est définitivement écartée du cercle des héritiers de l’empire fondé par Nathan Wildenstein.

Malgré ses 37 ans passés aux côtés de son mari, elle aura dû se battre pour obtenir de sa belle-famille quelque 15 millions d’euros et gagner le droit de se faire enterrer à côté de son mari, « mais sous son nom de jeune fille à la demande expresse de Guy [Wildenstein, second fils de Daniel]», ainsi que le précise Marie-Pierre Gröndahl. On pourrait mettre le sort des femmes de la famille Wildenstein sur le compte de malchance et des aléas de l’Histoire. Mais cela serait sans compter de plus récents déboires qui illustrent la volonté des hommes du clan à éloigner systématiquement les héritières de la fortune familiale.

L’exception qui confirme la règle

De toute la dynastie, il n’y a guère qu’Alec Wildenstein, premier fils de Daniel, qui a fait preuve de grandeur d’âme à l’égard des femmes qui l’ont entouré. Celui-ci épouse d’abord Jocelyne Périsset, figure de la jet-set new-yorkaise, devenue par la suite tristement célèbre pour ses abus de chirurgie esthétique. Il a avec elle deux enfants : Diane et Alec Junior, mais le couple se sépare en 1997. À la suite d’un divorce difficile, Alec accepte de verser à sa première compagne une rente et lui cède notamment une maison. Puis, en 2000, Alec Wildenstein se remarie avec Liouba Stoupakova, mannequin et artiste sculpteur originaire de Russie.

Le couple coule des jours heureux. Une vie romanesque dont le principal cadre est le fameux ranch kényan Ol Jogi, propriété de l’un des trusts de la famille et qui a d’ailleurs servi au tournage du film Out of Africa. Après quatre années de vie commune, le marchand de tableaux et de chevaux se voit diagnostiquer un cancer. Alec Wildenstein décède en 2008 aux côtés de sa deuxième épouse. Il laisse derrière lui l’affaire hippique familiale, plusieurs trusts qui gèrent sa fortune et des dettes qu’il a notamment contracté auprès de son frère, Guy Wildenstein. Liouba Wildenstein quant à elle héritera … d’une procédure de redressement fiscal sur des droits de succession que sa belle-famille lui ont confisqué avant même qu’elle ne le sache !
Liouba Wildenstein conteste aujourd’hui le bien-fondé des créances du fisc (une centaine de millions d’euros !) notamment l’une d’elle qui repose sur une dette artificielle de plusieurs millions crée par Olivier Riffaud ancien inspecteur des impôts et proche conseiller de Guy Wildenstein. Il a depuis, dans le cadre de cette affaire, été incarcéré en 2013 à la prison de Fresnes. La technique déployée est un montage astucieux pour contraindre la veuve d’Alec de renoncer à l’héritage sous prétexte de se débarrasser de la dette fiscale. Dans un ouvrage récent, Les Wildenstein, Magali Serre analyse le système construit autour de Liouba Wildenstein : « les avocats de son mari (Alec) ont agi contre leurs intérêts en créant un dette fiscale dont elle n’est plus en mesure de s’acquitter et qui l’asphyxie financièrement. Ils auraient ainsi rendu Liouba dépendante du clan Wildenstein et insolvable, afin de limiter ses capacités de recours judiciaire ».

Une aberration fiscale

Depuis que cet imbroglio fiscal a débuté, des menaces de mort ont été adressées à Liouba Wildenstein. La veuve a même fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement ! Guy Wildenstein, homme d’affaire politiquement puissant et principal adversaire de Liouba Wildenstein dans cette saga judiciaire, n’a en revanche pas été inquiété par la justice jusqu’à très récemment. Il semblerait que le fisc français ne traite pas les donateurs du premier cercle de l’UMP avec le même zèle que les jeunes artistes héritières.
Mais cette fois, le tribunal administratif aura du mal à ignorer que les revenus effectivement perçus par Alec et Liouba Wildenstein sont inférieurs aux sommes déclarées par les administrateurs de la fortune familiale et étrangement revues à la hausse de plusieurs millions peu avant le décès d’Alec. Reste maintenant à savoir de quelle sympathie les membres de la famille Wildenstein bénéficient dans les rangs du ministère de Pierre Moscovici. On connaissait en effet les liens de Guy Wildenstein avec Nicolas Sarkozy et l’administration fiscale. Mais il est plus surprenant aujourd’hui de voir que l’alternance politique n’a pas allégé la pression fiscale injustifiée à laquelle Liouba Wildenstein est soumise désormais. Or celle-ci semble en tous points lui intimer de renoncer à la succession de son mari.